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News

26.02.2014

Marko Letonja: Konzert im Wiener Musikverein

L'Orchestre de Strasbourg au septième ciel

Le Figaro / CULTURE Musique
Par Christian Merlin
Publié le 21/02/2014

Le Philharmonique alsacien a joué la Septième symphonie de Beethoven à Vienne, où elle a été créée. Un défi relevé avec brio.

Dimanche soir,Septième symphonie de Beethoven au Musikverein de Vienne, la légendaire salle dorée où a lieu chaque année le concert du Nouvel An. Triomphe du public. Pour les Wiener Philharmoniker? Non, pour l'Orchestre philharmonique de Strasbourg (OPS). Il ne faut pas sous-estimer la portée d'un tel événement pour un orchestre, en particulier français. Le plus souvent, lorsqu'une de nos formations part en tournée, on lui demande de la musique française: combien de Symphonie fantastique, combien de Boléro de Ravel ont accompagné les phalanges hexagonales dans leurs pérégrinations, un moyen pour elles de révéler leur point fort. Parfois, pourtant, l'envie les démange de montrer à l'étranger qu'un orchestre français est capable de jouer autre chose. L'enjeu n'en est que plus grand: jouer la Septième de Beethoven à Vienne où elle a été créée, c'est un peu comme si le Bolchoï donnait Carmen à Paris! Autrement dit: se jeter dans la gueule du loup. Car à Vienne, on ne la leur refait pas. On n'en est que plus fier de la tenue de l'exécution, non seulement en termes de style, mais aussi de cohésion, d'énergie, de qualité sonore. C'est tout juste si l'on reconnaissait un orchestre à qui l'on reproche parfois une certaine inertie.

Que s'est-il passé? D'abord, le fait de jouer dans une salle mythique stimule un orchestre: il fallait voir, avant que le public entre dans la salle, les musiciens se photographier entre eux sur la scène où se tinrent jadis Brahms, Bruckner ou Mahler. Ensuite, le phénomène de la tournée: moyen idéal pour souder les énergies et élever le niveau. Malgré la fatigue: la veille les Strasbourgeois jouaient le même programme à Munich, le matin le camion des instruments partait à 6 heures pour Vienne, suivi à 10 heures par les musiciens en train puis en autocar, pour une arrivée à Vienne à 16 heures. À 18 heures, «raccord» d'une demi-heure dans la salle, dont l'acoustique réverbérée est un piège quand on n'y est pas habitué, à 19 h 30 le concert. En l'absence de régisseur pour la répétition, on a vu le chef déplacer lui-même son pupitre: tous dans le même bateau.

Travail de bâtisseur

Le chef, parlons-en: il est le principal artisan du succès. Car la réussite de ce Beethoven classique, à la fois dense et clair, c'est aussi le fruit du travail commencé avec Marko Letonja, l'actuel directeur musical de l'OPS. Un coach doublé d'un manager, exigeant dans le travail, mais entièrement dévoué à sa mission. Une fois que ce travail de bâtisseur a commencé à porter ses fruits à Strasbourg, rien de tel qu'une tournée pour passer la vitesse supérieure. L'enjeu n'est pas économique: aujourd'hui, une tournée d'orchestre a plus de chances de perdre de l'argent que d'en gagner. Il s'agit d'image, de qualité artistique, de reconnaissance.

Sans tournées, un orchestre n'a pas d'existence internationale. Qu'importe qu'il faille y faire des concessions de programmation, par exemple en insérant le Premier Concerto de Chopin joué par Kit Armstrong, exceptionnel jeune pianiste américain et élève préféré d'Alfred Brendel, qui possède déjà dans les pays de langue allemande une vraie notoriété: rares sont les orchestres capables de se vendre sur leur seul nom, sans le secours d'un soliste. À la fin, ce sont bien Marko Letonja et les musiciens de Strasbourg qui ont recueilli les applaudissements nourris du public viennois. De quoi leur donner des ailes pour le programme dense qui les attend désormais: deux représentations du Vaisseau fantôme à Mulhouse pour finir la série commencée avant le départ, puis suite de la tournée à Ljubljana, la patrie de Marko Letonja, où cette fois c'est le chef qui se sentira attendu au tournant comme l'enfant prodigue